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Fleurissement de la tombe
de Maurice Marland
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" Depuis soixante dix ans, en tous cas depuis l’érection, en 1947, de la stèle sur le lieu de son assassinat, les autorités de ce pays et tous ceux qui l’ont connu et estimé se sont retrouvés à La Lucerne et au square qui porte son nom à Granville. Etre fidèle aux résistants est, sans doute, moins une affaire de mémoire que d’exigence pour le futur, un futur qui doit nous obliger chaque jour. Leur combat fut, en effet, de porter haut l’honneur d’une nation qui ne voulait pas vivre à genoux, qui ne voulait pas consentir au déshonneur au prix d’un renoncement à la République, à la Liberté, à l’Egalité et à la Fraternité. La lecture des distinctions qui lui furent attribuées par les pouvoirs publics français et par la couronne britannique donne la mesure des services rendus par son groupe et par celui qui n’aurait pas souhaité être considéré comme un héros, seulement comme un citoyen lucide dont la personnalité altruiste et les convictions profondément républicaines le vouaient à l'engagement dans des actions qui, en toute connaissance, mettaient sa vie en péril.
Maurice Marland fut-il moins étonné que certains aient pu résister et que tant d’autres aient pu ne pas résister? Son expérience de la guerre en 14-18, des épreuves subies par les populations, par autant de combattants sacrifiés, l’aura préparé à ne pas s'indigner quand des centaines de milliers de gens ne se sont pas révoltés, n’ont pas dit non à l’occupant nazi, au régime de Vichy, à la politique du maréchal Pétain. Il savait sans doute qu’ils n’avaient pas pour autant dit oui, qu’ils avaient seulement attendu, vivant au jour le jour, travaillant, tâchant d’exister malgré tout dans cette épreuve tragique. Mais d’autres avaient choisi le déhonneur et peut-être sont-ils souvent morts désespérés, d’autres emportant dans un cœur toujours ravagé, leur haine des autres et un mépris d’eux-mêmes dont il faut espérer que leurs descendants ne portent pas toujours la honte.
Les résistants ceux qui auront mis leur vie en jeu, simplement parce qu’il fallait faire quelque chose, ceux qui ont vu mourir leurs amis, leurs camarades, ces femmes et hommes qui auront pris des risques, ont mené simplement la lutte pour la liberté et non pour le sacrifice d’eux-mêmes. Ceux-là ne considéreraient pas leur courage comme surhumain mais comme juste humain. Sans doute Maurice Marland était-il animé, d'une sorte de ferveur humaniste lui permettant de toujours considérer l'homme au-delà de l'ennemi du moment, quelques soient ses actes. Aussi, son refus fut inflexible lorsque certains voulurent assassiner pour tuer l'Allemand, sans objectif stratégique de destruction militaire. Éviter les représailles et la multiplication de victimes civiles fut un soucis permanent, une obsession même; la familiarité des philosophes, le compagnonnage des poètes lui avaient appris à redouter, au plus haut point, la déformation intérieure de la haine et les ravages de la cruauté sur l'esprit.
En ce soixante dixième anniversaire de sa disparition, on s'interrogera sur cette mystérieuse contrainte intérieure qui fait que l’individu n’a pas le choix et se trouve pour ainsi dire dépossédé d’une décision qui s’impose à lui malgré tout et emporte ses réticences. Le sentiment de ne pas être isolés, de n’être pas seuls à penser de cette manière donne force à la conviction intime que ceux qui viendront plus tard jugeront leur action, que la légitimité de ce qu’ils auront accompli, sera reconnue. C’est ce qui se nomme habituellement force voire "noblesse d’âme", celle qui se rencontre chez ceux qui sont en capacité d' opposer la résistance d'une liberté inaliénable surmontant la peur, à l’oppression qui transforme le plus grand nombre en masse asservie.
Ainsi, ceux qui l'entourèrent se sentirent obligés par le respect et la considération qu'ils lui portaient, tenaient-ils à une certaine image d'eux-mêmes, image qui porte certains, plus que d'autres, à vouloir se regarder en face, répondant à cette part, en nous, de l'Autre/des autres sous le regard de qui nous existons. Une part qui découlerait, en somme, de convictions personnelles, des valeurs transmises au sein de la famille et par des proches, par des éducateurs, des enseignants, une part qui aura joué un rôle déterminant dans la construction de leur personnalité . C'est à cette célébration de la dignité humaine que doivent répondre chaque année les cérémonies qui participent au travail de mémoire pour cultiver entre générations le respect de soi et le courage qui sont des vertus heureusement contagieuses dès lors qu'elles sont incarnées et transmises "
Yann Le Pennec, 13 mai 2014
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